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MARK LANEGAN
Alhambra, Paris, 7 mars 2015
par Da Syl

Da Syl

Mark Lanegan, Bilbao 2015-03-11 By Dena Flows
Mark Lanegan, Bilbao - 2015-03-11
Photo by Dena Flows - CC-NC-SA - Flickr
Assister à un concert de MARK LANEGAN devrait être un privilège. Au vu du nombre de concerts que l'ancien chanteur des SCREAMING TREES a donnés en France ces dernières années, on pourrait même s'attendre à une épiphanie.
Pourtant, à regarder le public amassé dans un Alhambra à guichets fermés, il semblerait que la plupart des personnes présentes ait l'opportunité de le voir tous les jours dans leur salon car ce ne sont que visages fermés, regards blasés et postures savamment dégagées.
Il faudrait un Flaubert du XXIe siècle pour en montrer le précieux ridicule.

Après une première partie assurée à un horaire parisien, c'est-à-dire deux heures trop tôt, par l'ami Duke Garwood, poliment suivie par une assistance apathique (mais que la technologie permet de voir depuis l'étage où se trouve le bien nommé Alhambar, nettement plus vivant), le grand Mark débarque un peu avant neuf heures, dans une formation minimale puisqu'il n'est qu'accompagné de son guitariste Jeff Fielder. Quelques arpèges et la Voix survient, magistrale, profonde et légère à la fois, troublante et réconfortante, comme si elle venait du fond des âges mais semblait neuve à chaque fois.

"When your number isn't up", "Low" et "Morning glory wine" sont délivrées dans cette formule épurée qui parle directement à l'âme. Les amateurs de rock festif peuvent passer leur chemin, la messe noire qui sera célébrée ce soir ne prête point à la poilade ou à la distraction. Le ténébreux officiant est immobile, à son habitude, tel une sphynge derrière son micro. Après ces trois intenses morceaux inauguraux, les musiciens sont rejoints par une formule plus attendue : basse, batterie et claviers (plus toutes sortes d'effets électroniques).

Manière de constater qu'il n'y a pas tromperie sur la marchandise car voici que se dévide une bande-son exclusivement estampillée "Mark Lanegan Band", clairement centrée sur les trois dernières productions du groupe, les albums Blues Funeral (2012) et Phantom Radio (2014), plus l'E.P. No Bells on Sunday dont le morceau-titre est le premier servi par le groupe maintenant à cinq. La discographie ira puiser quelques morceaux dans le Bubblegum de 2004 et s'offrira une incartade dans le Field Songs de 2001, le temps d'un "One way street" funèbre et chargé d'émotion, mais le parti pris musical valide bel et bien la démarche actuelle du crooner de Seattle, soit l'introduction récente d'éléments électroniques avec l'aide du touche-à-tout Alain Johannes, parti pris dont les résultats sur disque pouvaient parfois peiner à convaincre mais qui révèlent leur douce noirceur sur scène. Cet habillage numérique propose en effet un nouvel élan à une musique qui n'est pas que funeste mais qui comporte une puissance rythmique qui en accroît l'effet, comme l'indique l'un des titres de Blues Funeral, "Ode to sad disco". En définitive, sad disco, peut-être un genre inventé par Lanegan, et dont le point culminant du concert, la grandiose "Gray goes black", permet d'illustrer le principe : une musique élégiaque, sur le fil du rasoir entre la dimension charnelle de la voix de Lanegan et des sons désincarnés, qui pousse à danser sur des paroles sinistres, comme pour mieux oublier notre état de mortel : "Days go by, remember that...".

Le concert s'achemine lentement vers sa fin, bercé du timbre hypnotique du grand Mark, malgré quelques fausses notes, invitant à une danse macabre, et le rappel offrira le ténébreux "I'm the wolf", avant que les passants ne se répandent à nouveau dans les rues d'un Paris indifférent.

Les admirateurs se pressent au merchandising sous l'œil peu amène des agents de sécurité qui font plus que jamais tache dans le décor et l'on rembobine le film de la soirée, avec pour seul regret l'absence de titres majeurs mais lointains du répertoire, ceux de Whiskey for the Holy Ghost ou Scraps at Midnight, qui auraient cependant sonné trop décalés dans un ensemble très cohérent à défaut d'être marquant mélodiquement. Reste toutefois la force cathartique d'une musique portée par une voix sans égale et qui résonne comme un doux memento mori dans la nuit parisienne maintenant livrée aux excès : "Days go by, please don't forget..."

FunkyRate :

MARK LANEGAN, Alhambra, Paris, 7 mars 2015
(Vagrant records)

http://marklanegan.com/
https://soundcloud.com/marklanegan


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