Le Festival de Leeds 2001
THE STROKES
par Elsa
 

Julian Casablancas, Albert Hammond Jr.
THE STROKES
(Photo Brighton Juin 2001)
   

Il est 4h30, le ciel s’est dégagé, le soleil brille pour la première fois du week end, The Strokes entrent sur la scène principale.

Initialement prévus dans la tente Evening Session d’une capacité limitée à 8000 personnes (excusez du peu), le groupe fut promu sur la grande scène quelques jours auparavant et en catastrophe pour raisons de sécurité : tous les festivaliers (50 000, ça fait du monde) ou presque mouraient d’envie de voir jouer un groupe encore inconnu en février 2001, aujourd’hui sur les lèvres de tout le monde. Le ton était donné.

Le groupe entame le concert avec Is This It ?, il jouera ensuite les 10 autres chansons de son album et pas une de plus, comme dans tous ses shows. Dès la deuxième chanson, The Modern Age, le temps s’arrête et retourne planter ses aiguilles dans les années 60-70, on se frotte les oreilles, Lou Reed est au chant, entourés de ses brillants Velvets. The Strokes sonnent dans le passé, le son est rêche, direct et élégant. Outre le Velvet Underground pour l’atmosphère, on pense à Television pour la beauté et la clarté des guitares, patinées de solos furieusement rétros.


THE STROKES - Nikolai Fraiture
   
(Photo Brighton Juin 2001)

Les chansons filent comme des étoiles, vont à l’essentiel (jamais beaucoup plus de trois minutes), on voudrait en attraper une dans nos filets pour la faire durer un peu plus. Dans leur course flamboyante et racée règnent la frénésie, la tension, la passion des cinq New Yorkais inspirés, mais il règne aussi une incroyable maîtrise démontrant qu’ils sont bien plus que la sensation du moment. Et puis ce côté joyeusement irrésistible des chansons, rappelant les standards rock, dans la spontanéité, l’urgence, le chant débridé qui dégagent une énergie libératrice et contagieuse nous donne envie de sauter au plafond, entamer un rock endiablé, danser pieds nus toute la nuit. On les sent sincères, c’est bien pour ça qu’ils nous plaisent. Sauf peut être l’effet trop référencé de leur look.


THE STROKES - Nick Valensi
(Photo Brighton Juin 2001)    

Seulement aujourd’hui sur scène, si les morceaux sont parfaitement interprétés, il leur manque un peu de swing, de ferveur, d’élan fiévreux. Les quatre mois de tournée mondiale y sont pour quelque chose, The Strokes sont peut être aussi impressionnés par la marée humaine qui s’étale devant eux. Jouant dans des petites salles peu de temps auparavant, leur ascension fulgurante a de quoi déboussoler. Cela aurait-il ruiné leur entreprise de séduction des foules, sentant que tout est gagné d’avance? Ou alors il faudrait leur laisser le temps de grandir tranquillement. Cette après-midi leur prestation scénique lisse lasse presque, la moue et la grimace passagère du chanteur Julian Casablancas ont remplacé la charme et la tension explosive de leurs premiers concerts européens. (Pour avoir eu la chance de les voir dans une petite salle, lors de leur tournée anglaise, qu’ils laissèrent conquise et rêveuse). Légèrement éteinte, sa voix ne se déchire plus, ne déraille plus, ne crie plus, ne s’égare même plus, dommage, c’est quand elle prend cette liberté qu’elle touche le plus. Aux côtés de Julian, Nick Valensi l’as de la guitare, joue les beaux gosses (il peut se le permettre) ; Nikolai Fraiture (basse) lance de longs regards bleus à la foule puis se réfugie derrière le masque de ses cheveux ; à l’arrière Fab Moretti insuffle un rythme nerveux à sa belle batterie argentée flanquée de leur nom de ralliement. Albert Hammond Jr. (guitare), toujours chiquement sapé, tente tout sourire de réveiller les passions de ses quatre acolytes. Ils sont tous la(s), fringants mais pas très frais. Et pas aidés par la hauteur olympique de la scène, qui réduit à néant toute tentative de d’intimité.

Qu’on se rassure, ce n’était pas le bon jour, juste une mauvaise passe pour cette fine équipe au potentiel jupiterien de faire des ravages dans les cœurs et les mémoires lors de leur passage en France au festival des Inrocks.

 
^ SOMMAIRE LEEDS 2001 ^
CAT POWER - ELBOW - FRANK BLACK - MERCURY REV - THE MOLDY PEACHES
THE COOPER TEMPLE CLAUSE - THE STROKES

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